« Smart in the city »

4 juin 2020
Décryptage « Smart in the city »

 

Les pays comme les régions et les villes se livrent une concurrence féroce pour s’assurer d’être les plus attractifs possibles et maintenir ou accroître leur dynamisme et leur santé économique. Les grandes métropoles françaises déploient des trésors d’ingéniosité pour attirer des populations jeunes et actives, des entreprises innovantes, ainsi que des acteurs et ressources culturels de premier plan.

Rebaptisées Smart city, ces villes nouvelles se dotent de capteurs qui génèrent des données en faisant appel aux TIC(s) (technologies de l’information et de la communication) dans leur organisation.

Ohwood décrypte pour vous les enjeux urbains, techniques et humains de la Smart city.

 

Les leviers de l’attractivité urbaine

 

L’attractivité d’une ville se mesure à sa capacité à attirer de nouveaux habitants et des entreprises dynamiques. Dès lors, toutepolitique d’attractivité doit intégrer une dimension économique en cherchant à maximiser l’activité sur le territoire (création d’emploi, circulation facilitée des facteurs de production…) tout en limitant les coûts de fonctionnement (réduction des dépenses publiques de fonctionnement pour décupler les capacités d’investissement)  ;  prendre en compte des préoccupations environnementales  (réduction de l’empreinte écologique de la collectivité) ; et assurer le confort et les qualités de vie des usagers de l’espace urbain (sécurité, bien-être, vie culturelle…).

Cette triple problématique – économique, environnementale et qualitative – se trouve au cœur des réflexions engagées autour des Smart cities.

 

Avant de poursuivre, quelques définitions

 

Qu’est-ce que le Smart ?

Le concept Smarts’applique aujourd’hui à de nombreuses activités humaines : Smart mobility, Smart industrySmart working … et bien évidemment Smart City. Le Smartconsiste en l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans une activité particulière. Plus spécifiquement il s’agit de capitaliser sur la capacité de ces technologies à produire des données en grande quantité et rapidement, pour optimiser l’utilisation d’une ressource. Faire mieux avec moins. Dès lors, si l’on considère la Smart city deux questions se posent : que cherche-t-on à optimiser et comment ?

Qu’est-ce qu’une Smart city ?

Une ville se caractérise entre autres par la forte concentration sur un territoire de richesses culturelles, humaines, financières… Sa plus-value se trouve dans sa capacité à faire se rencontrer et se combiner ces richesses. L’objectif d’une Smart City est donc d’en optimiser la circulation, c’est-à-dire d’optimiser la gestion des flux (humains, économiques, informationnels/culturels, etc.).

Dans l’optique d’atteindre cet objectif, l’usage des technologies de l’information et de la communication permet de transformer un certain nombre d’équipements urbains du quotidien en capteur. Dans une Smart City, les feux de signalisation, l’éclairage public, le mobilier urbain, la distribution des fluides… produisent des données. L’analyse de ces données permet ensuite de modéliser des comportements et donc de réaliser des investissements pour inciter les habitants à emprunter un trajet plutôt qu’un autre (dans le but de fluidifier la circulation par exemple) ou encore les entreprises à produire à tel ou tel moment pour éviter des pics de consommation dommageables.

 

Prenons un cas concret : l’éclairage public intelligent

 

Éclairer… et économiser !

A titre d’exemple, l’éclairage public participe à l’attractivité d’une ville en apportant sécurité (visibilité des obstacles lors d’un trajet), convivialité (vie nocturne) et embellissement (valorisation du patrimoine). Mais il représente 40 % de la facture d’électricité des communes d’après EDF[1]. Dans sa version Smartl’éclairage public (EPI) apporte ces mêmes choses et plus encore.

Concrètement, l’EPI, au-delà de sa fonction première d’éclairage, permet de réaliser des économies substantielles. L’utilisation de capteurs de mouvement permet de ne déclencher que les points lumineux utiles. L’auto-alimentation des lumières de la ville, notamment grâce à l’énergie solaire, peut réduire la facture énergétique, tout comme l’adaptation de l’intensité lumineuse en fonction de l’environnement (diming). Enfin la télémaintenance réduit les coûts humains d’entretien. L’EPI permet également de réduire l’empreinte carbone de la collectivité par la réduction de sa consommation énergétique et de diminuer la pollution lumineuse rendant l’expérience de la ville plus agréable pour ses habitants tout comme pour la faune nocturne.

Éclairer… et analyser !

Le fait de rendre « intelligent » les points lumineux dispersés dans la ville, autrement dit de les doter de capteurs offre aussi la possibilité de cartographier les flux circulatoires à tout moment de la journée. Savoir où et comment se déplace la population crée deux bénéfices majeurs. Cela permet une gestion à distance et surtout différenciée de l’ensemble des points lumineux grâce à laquelle les villes peuvent orienter les itinéraires de leurs usagers. Cet exemple montre comment en transformant les objets du quotidien en générateur de données il est possible d’en apprendre davantage et mieux sur nos besoins en ville permettant de factoune réallocation des ressources sous ou mal exploitées vers d’autres usages.

Les économies réalisées sur le budget avec l’implémentation de l’ETI peuvent être réaffectées à l’éducation, à la culture, à la consolidation du lien social, au développement des espaces verts, etc. Il s’agit d’un exemple très concret des bienfaits techniques potentiels de la Smart city.

 

Smart City, ville intelligente ? Nuançons…

 

Il reste du chemin à parcourir

Aucun seuil n’est aujourd’hui formalisé pour signifier à partir de quel degré d’intégration de la data dans la gestion municipale, une ville devient soudainement Smart, ni même si la seule forme d’intelligence urbaine doit être technique.

Par ailleurs certains problèmes restent à résoudre : consommation énergétique des capteurs intégrés, protection des données, utilisation du cloudou de l’edge computing… et la combinaison de la technologie avec d’autres solutions issues des sciences sociales reste probablement la meilleure option pour les villes en quête d’attractivité.

Et l’humain dans tout ça ?

Une ville ne peut-elle être intelligente qu’à la condition qu’elle soit connectée ? L’intelligence urbaine se limite-t-elle à la data ? Certains urbanistes remettent en question l’appellation Smart City. Pour eux, ce concept déterminerait de manière sous-jacente un avenir exclusivement technologique à nos villes en omettant toutes les avancées et évolutions possibles au travers d’une réflexion anthropologique de la cité. Pour Nicolas Minvielle et Olivier Wathelet[2]: « Tout comme la psychologie sait, depuis les années 1960, que les intelligences humaines sont multiples ; il est temps d’opérer la même démultiplication dans le champ des imaginaires et dans la construction réelle de la ville dite « intelligente ».

L’urbanisme, la psychologie, la sociologie offrent des alternatives intéressantes, indépendantes de la data, pour permettre une meilleure gestion des flux urbains. Dans le cas décrit plus haut, l’EPI n’est qu’un exemple et aujourd’hui la Smart City n’est pas un modèle unique et bien défini. Autrement dit il n’existe pas une Smart City, mais une multitude de possibilités de développement reposant sur des choix et combinaisons techniques tactiques, stratégiques et politiques.

 

Que l’on considère la ville technologique qui se dessine comme Smart ou non, les avancées techniques liées au développement de la data restent un enjeu majeur pour les centres urbains tant économiquement que politiquement. Un avantage en passe de devenir une condition sine qua none du développement des villes françaises dans la compétition mondiale pour les ressources urbaines.

 

 [1]https://www.edf.fr/collectivites/faq-collectivites/villes-et-territoires-durables-et-solidaires/eclairage-public

[2]https://theconversation.com/smart-city-dautres-imaginaires-existent-pour-une-ville-intelligente-133264